L’autre jour, mon conjoint travaillait son anglais via la Goldlist Method. Je l’ai entendu dire « C’est faux », à propos d’une phrase qu’il avait pourtant prononcée sans erreur grammaticale, avec une bonne prononciation et surtout avec le même sens que la version écrite (en tous cas selon moi). Mais comme sa phrase n’était pas strictement identique à celle dans son cahier, il l’a considérée comme incorrecte.
Et c’est là pour moi un exemple frappant de l’autoapprentissage.
Difficile de se corriger seul (prononciation ou grammaire). Si ce n’est pas comme dans le livre, c’est faux. Pourtant, l’apprentissage en autonomie offre de nombreux avantages : liberté de choisir ses horaires, ses outils, ses objectifs. Mais il comporte aussi quelques pièges.
Mais il y a aussi quelques désavantages.
Voyons ensemble quels sont ces désavantages et surtout, comment les dépasser.
Difficulté à s’autoévaluer
Comme je le disais en introduction, l’un des problèmes majeurs, c’est l’autoévaluation. Mais bonne nouvelle : c’est aussi l’un des plus faciles à résoudre !
Entre sous-estimation et surestimation
Il y a plusieurs cas.
Tu peux sous-évaluer tes capacités, tu te dévalorises, ce qui peut mener à un découragement, une perte de confiance, voire l’abandon. Tu peux te dire « je fais plein d’erreurs » « je ne sais pas, je n’y arrive pas, je me trompe tout le temps. »
Pourtant, dans la majorité des cas, les phrases sont justes, le message passe et un natif comprendrait parfaitement ce que tu veux dire. Et c’est bien là le but principal d’une langue : communiquer.
Et à l’inverse, il y a l’illusion de la compétence « Je sais, j’ai tout compris ». Alors qu’en fait, là aussi, ce n’est pas le cas. C’est revoir du vocabulaire et se dire qu’il est acquis parce que l’on connaît le mot mais ne pas savoir qu’il n’est que dans notre mémoire à court terme et non dans notre mémoire à long terme.
Du coup, là, tu peux laisser certains sujets de côté en pensant les maîtriser… ou arrêter certaines choses trop vite. Ou penser faire bien quelque chose alors qu’en fait, pas du tout (penser prononcer correctement des phrases, par exemple).
Comment mieux s’autoévaluer ?
Heureusement, il existe plusieurs solutions simples et accessibles pour affiner ton jugement et progresser efficacement :
Se tester régulièrement
Fais des quiz ou des tests d’évaluation en ligne. De nombreuses ressources gratuites existent selon la langue que tu apprends.
Se référer à des standards reconnus
Utilise des référentiels de niveau comme le CECRL (Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues), et si besoin, passe un test officiel pour avoir une évaluation fiable.
S’auto-observer
Enregistre-toi à l’oral ou en vidéo. Le simple fait de te réécouter avec un œil objectif peut révéler beaucoup sur ta prononciation, ta fluidité, ou ton aisance à l’oral.
Demander des retours extérieurs
Le mieux reste encore d’avoir un retour humain : un professeur, un natif, ou un partenaire linguistique. Ils pourront t’apporter un regard extérieur objectif, te corriger, ou te rassurer sur ce que tu maîtrises déjà.
Participer à des communautés
Publie tes écrits, audios ou vidéos sur des forums ou applis comme Reddit, Discord, Tandem, HelloTalk, etc. Tu pourras y recevoir des feedbacks utiles et bienveillants.
Utiliser des outils d’IA ou de correction intelligente
Des outils comme Grammarly, LanguageTool, DeepL Write, ou même ChatGPT peuvent t’aider à identifier et comprendre tes erreurs. Ils ne remplacent pas un humain, mais peuvent grandement t’accompagner.
Manque de cadre et de structure
Apprendre tout seul, c’est devoir tout décider soi-même : son emploi du temps, ses priorités, les ressources à utiliser, les compétences à travailler…
Trop de liberté, pas assez de clarté
C’est une grande liberté mais… C’est parfois trop de liberté ! Tu peux avoir des difficultés à savoir quoi apprendre, dans quel ordre. Tu risques de papillonner, de passer d’un sujet à l’autre sans approfondir, de passer à côté de certains fondamentaux ou au contraire de rester trop de temps sur des sujets pas ou peu importants.
Comment éviter ce manque de cadre et de structure ?
Elabore un plan d’étude personnalisé
D’abord, tu peux prendre le temps de créer toi-même un plan d’étude clair, définir tes objectifs hebdomadaires ou mensuels. Pour ce faire, tu peux t’inspirer de formations existantes ou de livres que tu peux trouver (MOOC, manuels, cours en ligne). Tu peux suivre directement les leçons d’un livre ou celles d’un professeur.
Décompose les compétences
Tu peux diviser ton apprentissage en sous-compétences (vocabulaire, grammaire, compréhension orale, expression orale, etc.) et chercher la meilleure façon de développer ses compétences.
Utilise des outils d’organisation
Et ensuite, tu les structures dans ton plan d’étude. Tu peux pour cela utiliser des outils de planification : Notion, Trello, Google Sheets, etc. Ces outils te permettent de t’organiser et de te structurer. Pars toujours de TON objectif et ensuite définis comment l’atteindre.
Pour savoir quels points de grammaire apprendre en fonction de ton niveau, tu peux te fier aux listes données langue par langue dans le CECRL.
Risque de démotivation ou d’abandon
La difficulté à s’autoévaluer (et le risque de se dévaloriser, de juger qu’on est nul même si on progresse) et le manque de cadre et de structure (qui peut faire qu’on s’éparpille et qu’on s’épuise) peuvent conduire à la démotivation et à l’abandon. Et la meilleure manière d’échouer dans l’apprentissage d’une langue, c’est d’arrêter de l’apprendre !
Quand l’absence de pression joue contre toi
En autoapprentissage, il n’y a pas de professeur, pas d’examen, pas de notes… donc pas de pression extérieure pour te pousser à continuer. Cela peut sembler agréable au début, mais sur le long terme, cette absence de validation ou de reconnaissance peut éroder ta motivation.
Certaines personnes avancent mieux avec un cadre imposé (comme un test ou un diplôme à obtenir). D’autres ont juste besoin d’un retour régulier sur leurs progrès. Sans cela, tu peux finir par remettre au lendemain, perdre l’envie, et abandonner sans vraiment t’en rendre compte.
Comment faire pour rester motivé ?
Fixe-toi des micro-objectifs
Tu peux te fixer des micro-objectifs réalistes (ex. : travailler ton vocabulaire 10 minutes par jour).
Suis tes progrès
Tu peux noter tes progrès chaque jour ou chaque activité que tu fais. Tu peux aussi utiliser la technique du suivi d’habitude (habit tracker).
Trouve un partenaire d’apprentissage
Tu peux aussi te trouver un partenaire d’apprentissage et vous voir régulièrement pour faire un bilan et discuter de vos difficultés, des solutions que vous avez mises en place, etc.
Garde une activité que tu aimes
Et surtout, garde en tête de toujours garder une méthode ou une activité que tu aimes et de changer d’approche si ce n’est pas le cas pour garder l’intérêt (lecture, film, Anki, etc.).
Mets en place une routine
Tu peux mettre en place une routine fixe (ex. : « tous les matins à 8h, pendant 30 minutes, je vais travailler mes textes avec la méthode de la traduction bidirectionnelle »).
Applique la règle des 2 jours
Utilise la règle des 2 jours : ne jamais laisser passer plus de deux jours sans pratiquer. Ça t’aidera à ne pas abandonner ton apprentissage.
Mauvaises stratégies d’apprentissage
Avec l’apprentissage autodidacte, un autre risque est d’utiliser des méthodes peu efficaces (relecture passive, surlignage…).
Quand tu travailles dur… mais pas efficacement
En pensant bien faire, souvent parce qu’on ne connait que ça, on utilise des techniques qui ne sont pas du tout efficaces. Ou alors on applique des méthodes trouvées sur internet sans les adapter ou sans vraiment savoir si elles sont adaptées à nous.
Souvent, on méconnait les principes de mémorisation, de l’input compréhensible, etc. Et on peut même tomber dans les neuromythes de l’apprentissage (comme le fameux, tu es plutôt visuel ou auditif qu’on voit partout… mais qui n’est absolument pas scientifique !).
La conclusion, c’est qu’on apprend de manière inefficace sans s’en rendre compte. Du coup, on ne progresse pas, on stagne et on finit par se démotiver, penser qu’on est nul en langues et arrêter son apprentissage…
Comment apprendre vraiment efficacement ?
Mais là encore, des solutions existent !
Forme-toi à l’apprentissage
Tu peux te former aux principes d’apprentissage efficaces (spaced repetition, active recall, input compréhensible…). Tu peux lire des livres ou suivre des créateurs de contenu spécialisés dans l’apprentissage ou l’apprentissage des langues (comme Ultralearning de Scott Young, par exemple* (*lien affilié)).
Expérimente et adapte ta méthode
Tu peux tester différentes méthodes et garder ce qui fonctionne le mieux pour toi. Tu peux trouver ta propre méthode d’apprentissage. Il en existe plusieurs qui sont très efficaces. Tu peux pour cela t’inspirer des polyglottes célèbres (Benny Lewis, Steve Kaufmann, Luca Lampariello, Olly Richard…).
L’apprentissage autodidacte reste vraiment une formidable opportunité, mais il faut connaître ses limites pour les dépasser.
L’idéal est de combiner autonomie et ressources externes (cours, mentors, communautés). Et si un jour, tu sens que tu stagnes dans ton apprentissage, renseigne-toi sur des cours en ligne, des groupes d’apprenants, des polyglottes célèbres pour qu’ils t’aident à dépasser certains paliers, à te remotiver.





