Tu veux parler avec un natif, mais tu as peur de te lancer ? Tu as des horaires décalés, et c’est difficile de trouver le temps (et le bon moment) pour caler un échange ? Et si la solution à tes problèmes, c’était l’IA ? J’ai testé pour toi et surtout pour que tu ne fasses pas les mêmes erreurs que moi…
Mon erreur de départ
Quand l’IA est apparue, j’étais, comme la plupart des gens, assez fascinée et, en même temps, sceptique. Et puis, j’ai décidé de me pencher sur le sujet pour comprendre comment ça fonctionne et ce que l’IA est capable de faire, et ce qu’elle n’est pas capable de faire. Et surtout, j’ai décidé de l’utiliser pour apprendre une langue.
Au début, j’ai testé d’avoir une conversation en néerlandais avec ChatGPT à l’écrit. Déjà, j’étais agréablement surprise qu’il puisse me parler dans la langue de mon choix. Mais, j’ai fait l’erreur de considérer ChatGPT, comme un humain. Du coup, je lui ai demandé ce qu’il avait fait le week-end, et ce qu’il aimait comme musique, comme je l’aurais demandé à un natif… Bon, ben, une IA ne fait rien de ses week-ends et si elle peut te donner toutes les musiques à la mode dans un style musical donné et pour un pays donné, elle n’a pas de goûts musicaux propres… Et ça, c’est dommage pour l’échange.
Ca ne remplace pas une connexion avec un natif et un vrai échange linguistique avec un humain. Mais, ça peut quand même être un atout pour t’aider à parler une langue à condition de le faire correctement.
Ce que l’IA peut vraiment faire pour toi à l’oral
L’IA n’est pas un professeur de langue. Mais elle est quelque chose de précieux que peu d’apprenants ont : un interlocuteur disponible 24h/24, sans jugement, infiniment patient.
Concrètement, elle peut :
- Simuler n’importe quelle situation : commander un café, négocier un loyer, passer un entretien d’embauche (j’ai testé et approuvé en espagnol, toujours avec ChatGPT, mais tu peux essayer avec d’autres IA), appeler un plombier en néerlandais (j’ai testé aussi pour réviser le vocabulaire appris sur Assimil). Tu choisis le contexte, elle s’adapte.
- Corriger sans te faire sentir nul. Tu peux faire la même faute dix fois, elle ne soupire pas.
- Adapter son niveau à toi. Demande-lui de parler comme un locuteur natif ou au contraire d’utiliser un vocabulaire simple. Elle obéit. Je lui ai demandé de me parler comme à un débutant en néerlandais, ou comme à un apprenant avancé en espagnol, l’IA s’est, à chaque fois, adaptée.
- Jouer un rôle précis : un recruteur exigeant, un voisin pressé, un client mécontent. Plus le contexte est précis, plus c’est utile.
Ce n’est pas de la « vraie » conversation. Mais c’est une salle d’entraînement. Et parfois, c’est exactement ce dont on a besoin avant d’oser parler à un vrai humain. Il te suffit de savoir comment lui parler.
Comment bien parler à une IA ?
La qualité de ton entraînement dépend presque entièrement de la façon dont tu formules ta demande (et donc, de ne pas le considérer comme un humain, comme j’ai fait au départ). C’est un « robot », qui fait ce que tu lui demandes.
Voici des prompts qui fonctionnent vraiment :
- Pour simuler une situation :
« Tu es un recruteur américain. Tu m’interviewes pour un poste de marketing. Parle-moi uniquement en anglais, niveau B1. Corrige mes erreurs à la fin de chaque échange. »
- Pour travailler un vocabulaire précis :
« Je viens d’apprendre le vocabulaire de la maison en néerlandais. Crée une conversation où je dois appeler un plombier pour signaler une fuite d’eau. Commence. »
- Pour se corriger en temps réel :
« Je vais écrire en espagnol. À chaque message, réponds-moi normalement, puis ajoute une section ‘Corrections’ avec mes erreurs et la version correcte. »
- Pour monter en difficulté progressivement :
« On commence avec des phrases simples, puis tu augmentes la complexité à chaque échange selon mes réponses. »
Sois précis sur le contexte, le niveau, et ce que tu veux qu’elle fasse de tes erreurs. Plus tu es précis, plus l’entraînement est efficace. Tu peux adapter les prompts à tes besoins (partir en voyage en Italie, passer un entretien d’embauche en allemand, simuler une réunion en anglais à venir…)
Écrit vs oral : quelle différence ?
Mes premiers essais avec l’IA, c’était par écrit, uniquement avec des versions gratuites. Et c’est déjà utile : tu prends le temps de formuler, tu vois tes erreurs, tu peux relire. C’est une bonne porte d’entrée.
Mais il manque quelque chose d’essentiel : la pression du temps réel.
À l’écrit, tu peux réfléchir trente secondes avant de répondre. Chercher le mot. Te corriger. Dans une vraie conversation, tu n’as pas ce luxe.
C’est là que la version vocale change tout.
Mon conjoint avait une version payante de chatGPT, que j’ai pu tester pour simuler un entretien d’embauche en espagnol.
La pression n’était pas la même. Et même si je suis plus à l’aise dans cette langue qu’en néerlandais, par exemple, j’ai tout de suite senti monter le stress. Le fait de devoir parler, enchaîner, chercher mes mots en direct sans pouvoir recourir à un dictionnaire en ligne, c’est beaucoup plus proche de la réalité. Et c’est parfait pour un entretien d’embauche, par exemple, ou commander un plat au restaurant. Et le stress ressenti (même face à une IA) permet de s’y « habituer » pour le faire redescendre dans une situation réelle avec des humains.
Ce n’est pas parfait pour autant. La voix reste artificielle, l’IA est bienveillante (un recruteur moins, ce n’est pas son rôle). Mais c’est idéal pour s’habituer à parler.
Et cerise sur le gâteau, à l’oral, ta prononciation compte. Tu peux voir si l’IA te comprend quand tu prononces certains mots ou alors, si elle est complètement à côté. Sur ce point-là, l’IA va moins s’adapter qu’un natif…
En résumé : commence par l’écrit si tu es débutant ou si tu veux travailler un vocabulaire précis. Passe à l’oral dès que tu veux travailler la fluidité et te rapprocher d’une vraie conversation (avec les versions payantes ou des applications dédiées comme ELSA Speak).
Les limites et les avantages de l’IA pour l’oral
Soyons honnêtes. L’IA a des avantages, mais aussi de vraies limites qu’il faut connaître pour ne pas se faire de fausses illusions.
Ce qu’elle fait vraiment bien
- Elle est disponible à 3h du matin. Pas de rendez-vous, pas d’attente, pas de créneau à négocier. Tu veux t’entraîner maintenant ? Elle est là.
- Elle ne te juge pas. C’est peut-être son plus grand avantage pour les gens bloqués à l’oral. Tu peux faire la même erreur dix fois, bégayer, chercher tes mots, elle ne soupire pas, ne te regarde pas bizarrement. Pour reprendre confiance avant d’affronter un vrai locuteur, c’est précieux.
- Elle s’adapte à ton niveau et à tes besoins. Tu veux travailler uniquement le vocabulaire de la cuisine ? Simuler un entretien d’embauche ? Revoir les mêmes tournures jusqu’à les maîtriser ? Elle obéit, sans trouver ça répétitif.
- Le coût est quasi nul. Comparé à un prof particulier ou à un séjour linguistique, c’est accessible à tout le monde.
Ce qu’elle ne remplacera jamais
- Elle ne reproduit pas l’imprévu. Un vrai locuteur change de sujet, parle vite, utilise de l’argot, se trompe. L’IA est prévisible. Elle ne te préparera pas aux vraies surprises d’une conversation.
- Elle ne ressent pas le silence. La vraie pression de l’oral (le blanc, le regard de l’autre, la voix qui tremble, l’adrénaline) n’existe pas avec une machine. Le stress de parler en vrai est une compétence à part entière, que seule la pratique réelle développe.
- Elle peut valider tes erreurs. Si tu ne lui demandes pas explicitement de te corriger, elle s’adapte à ce que tu dis et ne relève rien. Il faut toujours le préciser dans ton prompt.
- La version gratuite a ses limites pour l’oral. Pour vraiment travailler la prononciation et la fluidité, la version payante avec interaction vocale change tout.
L’IA ne remplacera jamais le frisson d’une vraie conversation. Mais elle peut t’aider à franchir le pas, sans pression, sans jugement, à ton rythme.
Alors, lance-toi. Ouvre ChatGPT ou Claude ce soir, choisis une situation qui te fait un peu peur, et essaie. Commande un café en italien, simule un entretien en anglais, appelle un plombier en néerlandais. Tu verras : la première fois, c’est bizarre. La deuxième, ça l’est moins.
Et quand tu te sentiras prêt à passer à la vitesse supérieure avec de vrais humains, je t’explique tout dans mon article sur l’expression orale.